jeudi 31 mars 2016

Le Voyage du Gabarit

Dimanche 20 mars
Je pars avec mon pilote et ami Giles Grenville à Compiègne lieu de stationnement du bateau, nous arrivons le soir.
L'ancien propriétaire André devait naviguer avec nous jusqu’à Paris, il ne le fera pas, nous n'aurons que quelques heures pour prendre en mains le Bateau.

Compiègne

Lundi 21 mars
Le lendemain après avoir fait le plein des réservoirs (2000L), nous prenons la 1er écluse (Venette) d'une longue série. L'Oise est large, bien balisée et il y a peu de trafic à cette saison. A la nuit nous amarrons après l'écluse de Pontoise sur des duc-d'Albe (gros pieu métallique).
Vers 22h un gros bateau de 65 m de long vient se mettre à couple (amarré contre) du Gabarit, puis plus tard un autre. ils naviguent jour et nuit au radar mais sur l'Oise les écluses ferment de 20h à 6h.
Ecluse de Pontoise




Amarrage Pontoise
Mardi 22 mars
5h49 démarrage des moteurs de notre voisin, il fait mouvement et rentre à 6h pile dans l'écluse, la batellerie est devenue une industrie dans cette partie du réseau fluvial français.
Nous notre moteur ne démarre pas, la faute aux batteries trop fatiguées elles ne veulent plus prendre la charge, il faut les changer, avec un ordinateur et une connexion internet je résous le problème dès l'ouverture du garage poids lourds le plus proche. A 8h30 nous avons nos batteries neuves sur le pont, à 9h20 nous partons.
Après les dernières boucles de l'Oise nous arrivons à Conflant St Honorine où nous commençons la remontée de la Seine. Jusque là nous, on descendait le cours de l'Oise, nous étions "Avalant" le courant nous portait nous avancions à 15 km/h, maintenant nous sommes "Montant"et le courant est contre nous, la vitesse descend à 8 km/h. Jusqu'à Paris les berges ne sont qu'une ligne continue de bateaux logements ballotés par les vagues à chaque passage d'un bateau sur le fleuve.
Conflant St Honorine
Nous croisons le plus gros bateau du parcours le Nirvana un porte conteneurs de 135 m de long par 11,45m de large qui sort du port de Gennevilliers. Puis nous croisons le Géronimo à charge il a descendu l'Oise avec nous et a passé la nuit amarré au même endroit que nous. En un voyage nous rencontrons plusieurs fois les mêmes bateaux c'est un petit monde où tout le monde se croise sans cesse.
Le Nirvana porte conteneurs
L'urbanisation se densifie autour du fleuve nous passons l'écluse de Chatou puis Suresnes à sa sortie nous suivons le Cyborg un pousseur avec une barge de sable qui va au port d'Issy les Moulineaux sous le périphérique. nous le trématons (dépasser) après l'ile Seguin en construction.
Le Cyborg pousseur
 La traversée de Paris intramuros est la principale appréhension du voyage, nous passons le pont du périphérique à 18h15 nous mettons la radio sur le canal 10  pour communiquer avec les autres bateaux, les ponts s'enchainent, à la jumelle on ne voit que des ponts, un bateau mouche nous pousse vers uns pile de pont, un autre plus sympa nous indique sa route et nous en propose une autre.
Nous prenons le bras de la monnaie entre l'ile de la Cité et le quartier St Michel, le courant est très fort le moteur à pleine puissance nous avançons à 5km/h, Giles est un très bon pilote il passe les ponts plus étroits les uns que les autres sans problème.
Nous amarrons quai d'Austerlitz à 19h20.

Bras de la monnaie

Mercredi 23 mars
Réveil à 6h, je vais démarrer le groupe électrogène à l'avant du bateau pour préparer le petit déjeuner, puis Giles fait les niveaux et démarre le moteur, pendant qu'il chauffe on déjeune.

A 6h50 nous partons, dans les premières écluses nous sommes seuls, à celle d’Évry, je n'arrive pas a enlever la corde, Giles fait une manœuvre périlleuse et vient m'aider. Les grandes écluses sont dangereuses malgré le port du gilet de sauvetage en permanence, une chute entre le bajoyer (mur latéral de l’écluse) et le bateau peut être fatale, les 200T se rapprochant du bord nous écraseraient comme une mouche.
l'Auxerrois

A l'écluse de la cave, l' éclusier ne nous attend pas et fait passer un avalant l'Auxerrois un gros porte conteneur qui vient du port de Gron à coté de Sens.
Nous stationnons contre une berge en dessous l'écluse, une fois notre tour arrivé impossible de rejoindre l'écluse. Un bateau nous contacte par radio c'est le Magnum et nous propose son aide, nous acceptons. cette énorme bateau de 110 m de long et 11,45 m de large vient se coller contre le Gabarit comme on caresse un chat, un homme remonte le plat bord (passage qui longe le coté du bateau) , c'est le patron, il nous prend à couple de son bateau, laissant son fils de 21 ans à la timonerie, rentre l’ensemble dans l’écluse de 18 m de large soit avec 75 cm de chaque coté de l'attelage. Pendant ce temps là nous discutons de batellerie, il nous donne quelques conseils, nous parle de son bateau le plus gros à traverser Paris, fabriqué en Chine armé en Belgique c'est une double coque il va charger 3000 T de grains à Montereau et redescend au Havre.

La cale du Magnum

Départ du Magnum
 Quelques centaines de mètres après la sortie de l'écluse il nous pousse au large avec son puissant propulseur d'étrave.
Nous arrivons à St Mammés à 18h45 juste le temps de faire quelques courses.


Jeudi 24 mars
Départ 7h30 ,dernière écluse à grand gabarit 180m par 18m de Varennes sur seine, nous passons à Montereau.
 Dès la première écluse sur l'Yonne nous rencontrons l'éclusier. C'est la première fois du voyage que nous en voyons un, dans les grandes écluses ils sont dans une tour de contrôle et nos seuls rapports se limitent aux annonces radio: le Gabarit pour l'écluse unetelle/oui Gabarit/ arrivons montant avec 38m à vide/l'écluse unetelle pour gabarit écluse prête dans 10 min avalant entrant vous passez après. et c'est tout.
Le salut du marinier

Dans la dérivation de Courlon après la dangereuse écluse de Vinneuf un avalant chargé le Summer s'annonce c'est une femme aux commandes,( les mariniers sont souvent en couple et les deux pilotent) le canal est étroit nous lui proposons de nous arrêter, elle nous indique un endroit où il y a assez de fond pour son bateau, l'attente et le croisement dure 1/2 heure.
Nous nous arrêtons au centre ville de Sens, comme chaque soir on arrête le moteur, on démarre le groupe électrogène. puis on ballaste le peak avant avec 15T d'eau.
Sens centre ville

Vendredi 25 mars
Départ à 7h50 pour arriver à l'ouverture de l’écluse de St Bond. après le port de Gron les éclusiers n'ont pas vu de bateau depuis des semaines, pourtant des silos tout neufs à Joigny sont raccordés au canal et ont été financés par le Département mais l'exploitant ne veut pas affréter de péniche, il préfère les camions.
Villeneuve sur Yonne et son écluse vallonnée
 Après Joigny l'activité n'est plus que touristique, après la dérivation de Gurgy nous amarrons à la halte nautique du village à 19h20.
Nous dormons, Giles voit des lampes s'agiter devant les fenêtres, il m’appelle, nous sortons, 3 jeunes hommes fuient sur le plat bord coté rivière puis sautent à terre à l'avant du bateau et s'en vont. La peur est là, ils peuvent revenir en pleine nuit détacher nos amarres et sans un bruit notre bateau se retrouvera dans le barrage en aval. Nous décidons de veiller chacun notre tour jusqu'au matin.
Gurgy

Samedi 26 mars
Départ 8h40 ouverture de l'écluse à 9h, les écluses s'enchainent sans problème malgré la fatigue accumulée. Nous amarrons à Auxerre quai de la marine à 11h40.
L'après midi nous préparons le bateau pour remonter le canal du Nivernais. Ballastage supplémentaire de la cale, déplacement du Bachot ( petit bateau de sauvetage insubmersible).
Auxerre et le Gabarit

Dimanche 27 mars
Après une bonne nuit de repos, on démonte la marquise de la timonerie pour passer sous les ponts.
à 14h30 nous partons, à l'écluse d'Augy nous restons plantés sur le fond, on vide 20T d'eau pour repartir. Nous amarrons à Bailly à 19h Giles reste sur le bateau pour la nuit, je repars en vélo à Auxerre chercher ma voiture.
Entre Champs et Bailly sur l'Yonne

Lundi 28 mars
Il y a peu d'éclusiers sur le canal et déjà des plaisanciers qui l'empruntent, nous ne partirons qu'à 13h30 avec quelques passagers.
Malgré un vent très fort nous arrivons sans encombre à Accolay à16h30. fin du voyage.
Écluse du Nivernais
A couple avec le Bout de Zan à Accolay

Bilan 400 km parcourus, en 60 heures de navigation, et 57 écluses franchies.



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